Perdre ses moyens
Travail de recherche
« Le geste à l’épreuve »
Rilke, Rodin et Balthus : entre maîtrise et perte

EHESS - Arts et Langages, 2014
Sous la direction de Madame Marielle Macé
« Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve et il aima, depuis, le poids qui l’avait fait tomber. »
Pierre Reverdy


Nous passons notre vie à œuvrer pour un meilleur, à nous reprendre chaque jour un peu plus encore pour parfaire une conduite, pour parfaire des gestes. Poussés dans le dos par on ne sait trop quelle force, nous avançons, droit devant, chacun à notre rythme, en direction de cette perfection-là, toujours insaisissable. Nous poursuivons ainsi l'idéal d’une vie entraînée et entraînante où la virtuosité d’un corps affuté à volonté et l’excellence d’un esprit tout à la fois laborieux et imaginant serviraient à l'infini nos causes intérieures. Un jour pourtant, concentrés à notre course, nous butons soudainement contre un impensable; nous chancelons, et sans ne pouvoir plus nous rattraper à rien, nous chutons. L’esprit s’effondre, le corps s’effondre, la vie s’effondre.

La perte est en soi une révolution, parce qu’elle est à la fois révolte, retour en arrière et recommencement. Balayant d’un revers de main les efforts qui nous avaient une première fois permis de nous mettre debout, elle nous rappelle à l’ordre. Elle nous renvoie à notre condition originelle d’une tête trop lourde et d’un corps maladroit pour une âme trop conquérante.

Comment alors trouver les moyens de se relever ?
Et comment réapprendre les gestes qui nous servaient jusqu’alors de pilier ?


La présente recherche propose une réflexion dialectique des notions de maîtrise et de perte. Si dans une acception commune, le continuum entre ces deux expériences semble évident, il s’agit ici d’en exposer les fondements respectifs et d’interroger la dynamique complexe qui relève à mon sens davantage d’un cycle (une révolution) que d’une expérience linéaire. Si perdre exige de repasser par le même endroit, de « rouler » jusqu’au point d’origine, il faudrait alors dans notre réplique, reconsidérer nos pratiques – nos modes d’être – dans leur intégralité. Non pas persister obstinément sur un même chemin mais trouver un nouveau point de départ au voyage qu'implique toute existence.


Auguste Rodin
Assemblage : masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre de Wissant, vers 1895



Copyright @ 2017 Daphné Bengoa.
All rights reserved