Diar es Saada
Moyen métrage documentaire réalisé dans le cadre du projet « Bâtir à hauteur d’hommes, Fernand Pouillon et l’Algérie », 2018
Présenté aux Rencontres de la photographie d’Arles 2019, au sein de l’exposition à l’abbaye de Montmajour.





Diar-es-Saada (50’) relate le quotidien de deux habitants d’une cité populaire emblématique d’Alger.

Le point de départ du film est précisément cette cité - Diar-es-Saada ou « Cité du Bonheur » - premier grand ensemble construit en 1954 par l’architecte français Fernand Pouillon pour répondre à la détresse sociale du peuple algérien, encore sous domination française. Imaginée et façonnée avec pour seul impératif d’améliorer les conditions de vie des habitants qui l’investiraient, cette cité porte dans ses murs l’histoire d’une révolte et d’une réhabilitation. Ses places, ses allées, les bâtiments qui s’articulent autour d’un tour de dix-huit étages érigée comme un totem, sont le lieu où se sont installées des familles durant cette période cardinale de l’Histoire du pays. Aujourd’hui, enfants et petits-enfants de cette génération cultivent un attachement singulier à ce lieu symbolique et affrontent à la fois la réalité de l’Algérie contemporaine : le manque de perspectives professionnelles duquel découle la difficulté d’accéder au logement et ainsi, construire leur propre vie.

Hind, quarante ans, vit avec ses parents, son frère, ses deux sœurs et ses cinq neveux dans le F3 familial. Elle a progressivement vu sa vie empêchée par des responsabilités familiales écrasantes et une histoire d’amour qui n’a jamais pu s’exposer au grand jour. Conditionnée à une existence par intermittences avec pour seul et maigre espace de liberté, le chemin qui sépare sa cité de son lieu de travail, Hind fait le récit de sa vie, entre résilience et espérance, et nous livre à demi-mot ce qui peut-être, pourrait faire d’elle une femme émancipée du joug familial. La situation de Bilal, trente-huit ans, est en quelque sorte la contre-forme au masculin de l’histoire de sa voisine. Épris depuis quinze ans d’une jeune femme dont le père refuse de lui donner la main en raison de sa situation jugée instable, Bilal vit encore chez ses parents et se fait le « vendeur » en tous genres de la cité. Sans véritables contraintes mais sans réel désir d’accomplissement non plus, il semble repousser chaque jour un peu plus loin son rêve d’un mariage d’amour en se laissant aller à une vie oisive aux accents adolescents.

Être femme, être homme, aimer librement, s’émanciper du regard de l’autre, de la pression d’une famille et d’une société, prendre ou non le risque de choisir sa vie.

Entre désir de perpétuation de traditions et révolte d’une forme de conservatisme, les trajectoires de Hind et de Bilal sont l’expression du conflit qui anime cette génération algérienne contemporaine emprunte de rêves, d’espoirs de renouveau, et d’une force de vie inouïe, en étant tout à la fois paralysée par un conditionnement qui empêche une véritable autonomie d’action.